21 janvier 2026
La parité au cœur des prochaines élections municipales. Lors de l’échéance de mars 2026, les communes de moins de 1 000 habitants devront pour la première fois proposer des listes paritaires. L’objectif de cette mesure est de renforcer la présence des femmes au sein des conseils municipaux. Dans le Haut-Rhin, seulement 29 communes sur 376 sont dirigées par des femmes. Marie-Paule Gay, maire d’Aubure depuis 2014, revient sur son parcours.
Entretien avec Marie-Paule Gay, maire de la commune d'Aubure :
En 2014, lorsque Marie-Paule Gay s’est présentée aux élections municipales, les femmes représentaient environ 16% des maires en France. Professeure des écoles, elle n’avait jamais siégé au conseil municipal auparavant. Pourtant, le passage de simple citoyenne à maire de la commune s’est fait naturellement. « Tout simplement parce que j’habite un petit village que j’aime, que j’aime les gens », explique-t-elle. La totalité de la municipalité sortante ne se représentant pas, l’opportunité s’est présentée. Pour Marie-Paul Gay, la question du genre ne s’est jamais posée. « A partir du moment où on a un projet, où on a envie de faire quelque chose, on ne se pose pas la question. J’ai des idées, j’ai envie de m’engager pour le bien des autres », affirme-t-elle.
Des responsabilités qui s’étendent au-delà des frontières communales
Diriger Aubure, commune la plus haute d’Alsace, a rapidement impliqué plusieurs engagements. « Une commune dépend de plein d’autres organismes. On ne peut pas que être maire de son village », explique cette dernière. Conseillère communautaire de la Communauté de communes du Pays de Ribeauvillé-Riquewihr, elle est également Vice-présidente du Parc naturel régional des Ballons des Vosges, vice-présidente de l’Office de tourisme, vice-présidente de l’association des maires ruraux du Haut-Rhin mais aussi au comité directeur de l’Association nationale des élus de montagne. « Tout est lié avec ma fonction de maire. Si je ne suis plus maire, je ne peux plus être tout ça. C’est pour compléter le village », précise Marie-Paule Gay.
Conseillère régionale sur la liste de Brigitte Klinkert, Marie-Paule Gay a découvert une autre dimension de l’engagement politique, une fonction qui lui apparaît complémentaire. « Je peux parler de choses concrètes dans un hémicycle où il y a peut-être beaucoup de personnes qui sont un peu hors sol, qui se plongent dans la politique mais n’ont pas vraiment la réalité du terrain », explique-t-elle. Le fait d’être maire d’un petit village permet, selon elle, des interpellations « plus concrètes et plus dans la réalité ».
Le genre, une « différence dans l’invisible »
Maire-Paule Gay reconnaît n’avoir jamais envisagé son engagement sous l’angle du genre. « Je ne me suis jamais posé la question », affirme cette dernière. C’est au fil de ses mandats que sa position de femme a été mise en lumière. « C’est les autres, la société, qui dit : attention, là il y a une femme qui arrive ». Cependant, elle observe toutefois des différences d’approche : « On a une façon de penser différente, une façon de faire différente. On cherche plus le compromis, parce que ça fait partie de notre ADN. Une femme fait le compromis entre sa vie de famille, sa vie professionnelle et sa vie d’engagement ». Durant son second mandat, certaines attitudes sont devenues perceptibles, dans ce qu’elle qualifie « d’invisible » : le positionnement, le regard, les mots, la façon de les dire. « Il faut être soi et puis voilà c’est tout », conclut-elle.
La nouvelle loi imposant la parité dans les communes de moins de 1000 habitants ne bouleverse pas la situation à Aubure, où le conseil municipal a toujours compté des femmes. Toutefois, elle en saisit la portée symbolique. « Cela permet maintenant aux hommes de regarder les femmes d’une autre manière et de se dire, oui, elles sont aussi capables, elles ont les compétences », explique la maire. Selon elle, la véritable difficulté ne réside plus dans la question du genre mais dans celle de l’engagement. « Ce n’est plus une question d’hommes ou de femmes, c’est une question d’engagement sur six ans. Il faut trouver des personnes qui ont envie d’aller au bout », ajoute-t-elle.
Son message aux femmes qui hésitent à s’engager : « Il faut y aller. Vous avez un projet, vous avez envie de vous investir, vous aimez votre village, vous aimez les gens, vous avez envie de vous épanouir ? Il faut y aller et avoir confiance en vous. » Elle encourage le contact avec des associations comme Femmes d’Alsace, dont elle est vice-présidente.
Dans cette même thématique, retrouvez également les portraits de Alice Morel, maire de Bellefosse, et d'Arlette Bradat, maire de Weckolsheim.
Propos recueillis par Anaïs Follenius / © Anaïs Follenius

