TABLE RONDE ''CULTURE'' SUR LE TERRITOIRE DE COLMAR - DIMANCHE 25 AVRIL 2021


23 avril 2021

Invités : Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe), Céline SCHUTZ (coordinatrice à l'association Pâte à sel) et Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard). Animation : Pablo DESMARES (Azur FM).

Quelles difficultés rencontrent les associations dans la mise en oeuvre de leurs actions ? Les facilités ? Les bonnes pratiques ? Et la dernière partie de l'émission sera consacrée à un moment ''carte blanche'' pour se projeter dans le futur. Commençons par une présentation des structures 

Salle de Spectacle Europe – Gäel DOUKKALI-BUREL.JPG (1.33 MB)Gaël DOUKKALI-BUREL - Directeur de la salle Europe à Colmar

Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe) - Nous sommes une salle de spectacle pluridisciplinaire avec comme activité première, la diffusion de spectacles vivants, du théâtre jeune public, de la danse, du cirque, des arts du spectacle, des arts visuels et de la musique (quelques concerts). Nous sommes ouverts depuis 2014. Une autre partie de notre activité est axée sur l'action culturelle, sur le territoire, que nous déployons en tant qu'outil central au cœur du quartier. Nous essayons de travailler avec tous les partenaires qui oeuvrent sur ces questions : associatifs, municipaux, individuels et privés. Nous avons un volet de notre activité qui concerne les scolaires puisque nous avons une grande proposition pour le jeune public : toute petite enfance, la petite enfance, l'école, le collège et le lycée. Nous travaillons de manière rapprochée avec différents établissements scolaires. L'idée est d'inscrire, pour tous les habitants des quartiers ouest, la référence d'un outil culturel municipal qui soit ouvert pour tous. Nous travaillons sur des projets, comme par exemple, l'accompagnement dans la vie du quotidien des personnes. Par exemple l'accompagnement dans la destruction des tours Vienne-Belgrade où nous travaillons avec plusieurs partenaires. L'objectif est d'amener les habitants à parler de leurs vécus, avec ses différents tours, de collecter de la mémoire et du souvenir, de ramener des éléments festifs et des moments festifs et animés dans ce territoire. Nous avons plusieurs petites actions cumulées, qui nous font travailler avec des structures référentes, par exemple avec les éducateurs spécialisés, des structures sociales et médico-sociales, avec différents types de publics en situation d'inclusion. À chaque fois, c'est l'objet d'une construction commune, d'un projet ou on convoque l'artistique pour permettre une plate-forme de rencontres, d'émancipation, d'ouverture...

Pat à Sel - Céline SCHUTZ.JPG (1.54 MB)Céline SCHUTZ - Coordinatrice à l'association Pâte à sel

Céline SCHUTZ (coordinatrice à l'association Pâte à sel) - L'association Pâte à Sel a pour but de favoriser l'accès à la culture au public dit ''fragilisé''. Ce sont les bénéficiaires des minimas sociaux, les personnes en situation d'addiction, les personnes en situation de handicap, les demandeurs d'asile... Tous les publics qui sont en grande difficulté sociale. Nous leur permettons d'accéder à la culture, d'une manière un peu insolite. Nous leur demandons de payer les sorties culturelles en SEL, c'est-à-dire en Système d'Échange Local. En contrepartie de sorties, ils vont devoir rendre des services. Par exemple, ils vont pouvoir faire de la diffusion, coller des affiches, faire la plonge lors d'un festival, faire de l'aide logistique, du montage, de l'aide à la décoration, de l'aide à la confection de costumes, la surveillance de parking, la surveillance des expositions et tout ça justement en contrepartie de places de spectacle ou d'entrées aux Musées. Nous avons une offre variée, qui va de Strasbourg à Dannemarie, en passant par les vallées. Nous avons un grand volet autour des quartiers prioritaires où les bénéficiaires des quartiers prioritaires effectuent du SEL, mais effectuent aussi des sorties culturelles sur toute l'Alsace. Nous n'intervenons pas uniquement dans le quartier. Nous organisons également le festival d'Hiver'Cité : des concerts dans les bus, dans les HLM, au centre Europe, à la bibliothèque, au marché. Notre objectif est aussi d'emmener des personnes qui habitent dans ces (logements) HLM, voir la cathédrale de Strasbourg pour la première fois, le Mont Sainte-Odile et découvrir tout ce patrimoine culturel que nous avons en Alsace.

Lézard - Thomas PASSUELLO.JPG (1.26 MB)

Thomas PASSUELLO - Coordinateur à l'association Lézard

Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard) - L'association a plus de 30 ans. La particularité de Lézard est que nous sommes une association culturelle qui oeuvre dans plusieurs champs artistiques. Nous programmons des concerts notamment à la salle du Grillen à Colmar. Nous sommes en charge de la programmation ''art et essai'' (au cinéma) CGR où nous vous avons également des soirées spéciales sur des thématiques, sur des sujets sociétaux, avec de nombreuses associations partenaires. Nous avons une galerie associative où nous proposons 5 expositions par an et nous donnons la possibilité à des artistes de vendre des œuvres, avec des commissions adaptées (plus légère que dans une galerie commerciale).

AZUR FM - Quelles sont ces actions culturelles que vous allez proposer ? Est-ce que c'est des actions hors les murs ? 

Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard) - Oui ! Lézard a fait son entrée dans ce champ de la médiation culturelle, en proposant des projets en milieu pénitencier, à Ensisheim, Colmar et Mulhouse. L'association a également differsifié son activité dans ce domaine, en proposant de nombreuses activités dans les établissements scolaires, notamment dans les quartiers prioritaires de la ville (de Colmar) mais aussi dans les établissements médico-sociaux comme des EHPAD (Etablissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes), des hôpitaux, des IME (Institut Médico-Éducatif). Depuis 2 ans, nous multiplions les actions dans le quartier Ouest de la ville de Colmar.

AZUR FM - Par exemple le festival ''Temps Fort'' qui se déroule dans le quartier Europe sous un grand chapiteau ?

Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard) - Nous proposons un festival de marionnettes. C'est un festival jeune public, tous les ans, à la Toussaint. Depuis 3 ans nous sommes implantés sous un chapiteau, au sein de la cour du gymnase Anne Frank (rue de Berne à Colmar), où nous proposons pendant une semaine des spectacles autour de la marionnette et d'autres formes adaptées au jeune public. En parallèle nous proposons des ateliers de confection de marionnettes ou de manipulation d'objets dans les écoles primaires du quartier Europe

atelier-2.jpg (90 KB)Exemple de marionnettes réalisé durant le festival Temps fort - © Crédit photo : lezard.org

AZUR FM - Vous travaillez avec plusieurs artistes locaux mais pas forcément seulement locaux pour créer des spectacles à destination de ces publics ? 

Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard) - La force de Lézard est de faire graviter de nombreux artistes et intervenants pour créer des propositions adaptées à ce que demande nos partenaires sociaux, éducatifs, en milieu pénitencier.

AZUR FM - Tous les trois, vous travaillez déjà ensemble. Quelles sont les différentes actions que vous menez à deux ? A trois ?

Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard) - Comme en a parlé Céline (SCHUTZ, pâte à Sel), nous travaillons avec l'association Pâte à sel sur des échanges de services. Par exemple durant le festival de marionnettes ''Temps Fort'', nous proposons à un bénéficiaire de Pâte à sel, d'assister gratuitement contre de la diffusion pour nos différents spectacles, par exmeple pour notre festival de Musiques Métisses. À la salle Europe, nous avons deux projets de création théâtrale en ce moment, mais repoussés 2 fois suite à la crise sanitaire actuelle. L'un est mené avec le centre d'accueil des demandeurs d'asile et l'autre avec la comédienne Nouara Naghouche, commencé y a plus de 2 ans.

Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe) - Ce projet avec Lézard était une volonté d'ouvrir la salle, pour montrer les différentes actions culturelles qui peuvent exister et être portées par différents partenaires sur les quartiers ouest. L'idée était de créer sur une semaine décalée de la fin d'année ou généralement nous concentrons les restitutions. Nous voulions rapprocher cette semaine du Printemps. Ça devait avoir lieu début avril. Nous souhaitions convoquer plusieurs actions avec des amateurs, dont celle du Lézard que Thomas vient de présenter. L'objectif était de donner une visibilité à l'ensemble des actions menées, quelque soit leur porteur, en regroupant ça sous la thématique ''action culturelle'', menées pour et par les habitants. Pour le moment c'est en suspend puisque nous sommes fermés. Avec l'association Pâte à Sel, nous travaillons toute l'année à l'échange de bons procédés grâce à ces SEL, en accueillant des bénéficiaires de Pâte à sel, pour leurs permettre de voir des spectacles, de toute la saison et en échange, Pâte à sel s'engage à tenir notre buvette. Pâte à sel nous organise un petit goûter et nous assiste sur les ouvertures de saison. L'année dernière nous avons coopéré sur le brunch musical. C'était une première !

Céline SCHUTZ (coordinatrice à l'association Pâte à sel) - L'idée était de demander à tous les habitants du quartier de ramener quelque chose à  boire, à manger et que l'on fasse tout ça autour de la musique et d'un moment convivial. Nous n'avons pas pu le faire en 2020.

Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe) - Nous espérons accueillir le festival de marionnettes ''Temps fort'' à la Toussaint. Nous (la salle Europe) devons être force de propositions

AZUR FM - Lors de la tenue de vos actions, quelles difficultés ou quelles facilités rencontrez-vous ?  

Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe) - La question du public à la salle Europe est vraiment centrale, puisque du coup, passer notre activité première de diffusion de spectacles, se pose la question du public. Il y a eu deux mouvements qui ont été recherchés à la création de cette salle : faire de cette salle un outil culturel reconnu par l'ensemble des colmariens et permettre à toutes les personnes qui ne vivent pas au quartier ouest ou au quartier Europe de venir à cette salle et inversement. Ces 2 mouvements ne se sont pas faits en même temps. J'ai eu la chance de suivre ma prédécesseur qui avait fait un travail d'ouverture pendant 4 années et qui avait bien opéré le mouvement de fréquentation du lieu. Depuis mon arrivée, nous essayons de mettre un accent sur l'appropriation par les habitants de cet outil. Nous rencontrons des difficultés sur l'offre payante puisque parfois nos spectacles ne sont pas abordable à tous et nous en sommes conscients. Nous travaillons sur la question tarifaire, mais aussi dans l'équilibre de notre budget de fonctionnement global. Nous avons réussi, grâce à certains sponsors, d'ouvrir des sessions gratuites. Il reste 2 questions qui sont en chantier. La question de la représentativité : quels spectacles, pour quels publics et quel procédé participatif peut-on mettre en œuvre pour qu'il y ait sélection commune, un groupement de programmation qui appartienne aux habitants et qui amène plus de diversité dans nos propositions ? C'est un peu compliqué à mettre en œuvre, en ce moment, puisque on accède pas facilement au public en tant qu'organisateur, aujourd'hui. C'est aussi un problème d'occupation de la salle de part le COVID et nos engagements à l'encontre des compagnies qui nous obligent à reprogrammer, sur ces mêmes créneaux toute la saison actuelle. Nous sommes un petit peu coincé, alors on essaye de jouer des coudes, de faire émerger de l'espace. Je parle d'espace d'utilisation de la salle mais aussi de finances, pour pouvoir offrir cette possibilité à un groupe de jeunes, un groupe d'habitants de pouvoir, par exemple, s'impliquer dans le choix de programmation de certains spectacles. Autre difficulté qu'on peut avoir aujourd'hui, c'est l'image qu'on renvoie en tant qu'équipement culturel dans la diffusion de compagnies locales ou régionales, sur un plateau, sur une scène de théâtre. Nous manquons de diversité dans le milieu professionnel. Nous avons très peu de représentations de ce qui fait aujourd'hui la société française en terme d'origine, et c'est dommage parce que nous avons beaucoup de jeunes issus de l'immigration qui arrivent, il y a 57 nationalités (représentées) dans le quartier Europe, pour se retrouver sur une scène parfois en face d'acteurs qui sont très représentatifs du français ''blanc, européen, classique''. Nous avons du mal à pouvoir offrir une surface de projection réaliste et puis représentative. C'est un vrai chantier qui existe dans toutes les salles de spectacles et aujourd'hui, c'est une difficulté sur laquelle il faut travailler.

salle-europe.jpg (985 KB)Vue extérieure de la salle Europe - © Crédit photo : colmar.fr

AZUR FM - Quelles pourraient-être les solutions pour impliquer les publics visés dans la programmation ?

Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe) - Nous sommes sur un segment d'accompagnement de la diffusion du spectacle vivant et des écritures contemporaines et des compagnies régionales. Même si ça se décline à travers plusieurs dominantes, que ce soit le théâtre, la danse, le cirque, ça reste une certaine forme de chevrons culturels et artistiques que notre pays peut compter et c'est une chance, mais qui exclut d'autres propositions. Notre ambition, à travers cette commission (dès qu'elle pourra se réunir), c'est d'élargir l'aspect culturel de cette salle. Ce qui fait culture, c'est les habitudes qu'on peut prendre les uns avec les autres. Il n'y a pas de classification qualitative d'origine... Il est intéressant de ramener de la diversité au coeur même de cette programmation. Un autre axe de développement, ce serait d'amener plus de formation sur la pratique artistique. Nous le faisons tous dans nos ateliers, qui amènent des amateurs à participer à une dominante artistique spécifique et à se former. Je pense qu'il faut aller plus loin et réussir à trouver un maillage à Colmar qui implique de la formation et qui permet à certains talents de se professionnaliser dans les métiers du spectacle vivant et de la culture, et d'avoir la perspective de se dire que c'est possible d'en vivre. À nous d'injecter certains profils.

AZUR FM - Utiliser le gros mot de ''discrimination positive''

Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe) - Oui, je suis assez favorable. Aujourd'hui, nous constatons tous, tous les écueils de société (égalité hommes-femmes, parité, diversité). Il faut passer par de la discrimination positive parce qu'on doit faire face à une inégalité. Une fois qu'on l'aura rétabli, on arrêtera de discriminer positivement et négativement. 

AZUR FM - Quant à vous, Céline SCHUTZ, quelles sont les différentes difficultés que vous pouvez rencontrer en élaborant vos actions avec l'association Pâte à sel ?

Céline SCHUTZ (coordinatrice à l'association Pâte à sel) -  Nos difficultés sont les mêmes depuis la création de l'association. Étant une toute petite association, les difficultés financières sont forcément présentes. Je suis actuellement la seule salariée de l'association, en contrat aidé à 20h. Ça devient vraiment très difficile de mettre en place les projets, de les coordonner. Nous avons besoin de ressources humaines. Les difficultés sont aussi de trouver des bénévoles et surtout des bénévoles compétents. Souvent les bénévoles veulent juste accompagner à une sortie, mais c'est pas suffisant. L'accompagnement à une sortie, c'est pas juste chercher les tickets à la billetterie de la salle de spectacle. C'est montrer à la personne qu'elle est dans un environnement plus ou moins grand, plus ou moins petit, qu'elle peut se confier à la personne, qu'elle peut avoir confiance, à savoir où elle va se placer... C'est toute une formation d'accompagnement de la personne en situation de handicap où d'autres personnes qui n'ont pas l'habitude d'aller dans un lieu de spectacle. Nous manquons de ressources humaines, que ça soit en guise de salaire ou sur du bénévolat. Le financement, oui, pour nos salaires mais aussi pour des locaux, parce que nous n'avons pas de locaux ! Actuellement, ça va, nous sommes en télétravail mais j'avoue que dans mon petit studio de 31 m2, j'ai beau avoir le pigeon qui me tient compagnie et puis la petite pie mais ça ne me suffit pas, j'aimerais avoir des locaux, du coworking. Le financement, les bénévoles, même des services civiques volontaires, ça a un coût. Sans financement, ça va être compliqué.

AZUR FM - Le nerf de la guerre : l'argent, toujours l'argent, les subventions, c'est aussi ce qui va vous manquer, Thomas, pour l'association Lézard ?

Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard) - Nous avons de la chance d'avoir des locaux qui sont adaptés et d'être une équipe de 4 salariés (1 salarié en CDI, 3 salariés en CDD en contrats aidés). Nous rencontrons des difficultés contextuelles. Je vais pas m'attarder sur la crise sanitaire. L'espace Lézard est fermé au public depuis 5 mois, alors que nous sommes une galerie et que nous avons appris, grâce à cette crise sanitaire, que nous étions considérés comme un musée. Nous n'avons plus le droit d'accueillir de groupes ou de groupes de mineurs. Donc interdiction de mener des ateliers au sein de l'association, ce qui est très dommage pour le public bénéficiaire. C'est dommage pour les artistes que nous accueillons. Ils ne peuvent pas vendre leurs oeuvres et générer des ventes un peu plus rentables que dans d'autres galeries. Il y a un problème, de manière générale, sur les budgets de fonctionnement des associations. Nous répondons uniquement à des appels à projets, sur des actions précises. Nous essayons de prendre des parts pour le fonctionnement de l'association, mais ça ne suffit pas pour financer un poste. Le fonctionnement des associations en France, est sous-estimé. On ne considère pas les salariés qui travaillent pour monter ses actions. Nous nous sommes habitués à travailler pour pas grand chose et il faut qu'on arrête d'intérioriser cela. Un autre problème réside dans le brassage des publics. Nous essayons de travailler avec d'autres structures pour aller chercher le public. D'investir des espaces qui ne sont pas dédiés à la culture, on appelle cela des espaces tiers (exemple : espace entre les tours d'habitations). Nous y réalisons des activités culturelles, du spectacle, des activités de pratiques artistiques et nous espèrons ramener des publics dans le centre-ville. La particularité de l'association, c'est que nous ne sommes pas implantés dans les quartiers ouest de Colmar. Une autre difficulté, c'est de trouver les relais dans le quartier. Nous ne pouvons pas arriver dans le quartier Europe et balancer des projets culturels sans sonder. Nous souhaitons fonctionner avec des relais qui existent comme la salle Europe, Pâte à sel mais le centre socioculturel ou l'association de  Prévention Spécialisée, des éducateurs de rue, des médiateurs de la ville de Colmar.... Ce maillon là pourrait être renforcé.

AZUR FM - Nous allons nous pencher maintenant sur les facilités. Qu'est-ce que la salle Europe fait bien ? 

Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe) - Elle accueille bien ! Si vous n'êtes jamais venu, vous verrez, c'est sympa. Paradoxalement, je suis assez content de ce que cette crise a amené en terme de repositionnements. Nous avons par exemple trouver une excellente synergie, à la sortie du premier confinement, avec d'autres partenaires et notamment sous l'impulsion de nos collègues du contrat de ville et de la préfecture, qui chapotent la coordination de l'action sur les QPV (Quartiers Prioritaires de la Ville). Nous avons, par exemple, rejoint une petite dynamique avec l'association des éducateurs spécialisés, l'association Témis, sur des permanences pendant les quartiers d'été où nous avons dispensé des ateliers de pratiques instrumentales, de la percussion et de danses africaines, qui sont couplés sur des formes de concerts participatifs dans l'espace qui se sont principalement déroulés entre le parc Sigolsheim et la plaine Mandela et se sont finalisés par une scène ouverte au mois d'août dernier (2020) sur la salle Europe avec beaucoup de talents issus de ces permanences assurées par tous ses partenaires. Nous allons réitérer cette année (en 2021). D'autres choses, dans la même lignée, le gros projet qui s'appelle ''fabrique des cultures''. Nous sommes un lieu culturel, où nous fabriquons de la culture et aujourd'hui, fabriquer de la culture, c'est fabriquer des habitudes communes. Comme nous ne partageons pas toujours les habitudes avec son voisin, c'est intéressant de le rencontrer à l'endroit où il est, et du coup, convoquer artistique pour créer cette alchimie entre mon habitude, la sienne. À ce titre, nous avons plusieurs projets. L'un des projets, qui attend de pouvoir voir le jour, est le projet du défilé, que nous avons monté avec le centre socioculturel. Un défilé de mode avec des couturières d'un atelier du club des jeunes, qui était une relecture de code d'un défilé de mode, puisque l'ensemble des pièces sera présenté et porté par les participantes et qui convoque dans une mise en espace et puis une atmosphère musicale grâce à de la musique traditionnelle albanaise, d'une famille que nous avons rencontré aussi à cette occasion du quartier, qui présente de la musique traditionnelle et dont le fils fait aussi du hip hop. Il y a un beau mélange d'ADN famillial et culturel, mixé artistiquement dans ce projet qui doit voir le jour dès qu'on pourra rouvrir. Le 2e volet de cette ''fabrique des cultures'', qui implique le travail sur les arts martiaux. Nous nous sommes rendus compte qu'il y a une grande pratique du sport dans le quartier grâce aux associations et qu'à l'endroit de notre fermeture où nous sommes très peinés, où beaucoup de gens le constate, c'est très difficile de vivre sans culture. On se rend compte que les structures associatives de combats, de sports de combats sont excessivement empêchées, puisque le contact leur aurait interdit et du coup tout notre travail qu'on est censé développer avec ces associations doit démarrer, je ne sais pas quand et mais, prévoit la constitution d'un vocabulaire à travers la pratique sportive pour le transformer en mouvement chorégraphique et pour aller vers la danse. Et ce travail là, on va le faire aussi en remettant dans l'espace public, de la pratique sportive, puisque ça fait partie d'une pratique culturelle. C'est intéressant qu'on se positionne, qu'on convoque l'artistique. C'est des choses qui se passent bien, qui vont venir bientôt. Nous avons également le projet sur les tours Vienne-Belgrade, qui est un gros projet qui rassemble plus de 20 partenaires artistiques, sociaux et dans la médiation, qui font partie des gens qui maillent le territoire et où on se rend bien compte, puisqu'on en est au début, qu'il y a un énorme appel à l'animation extérieure qui existait dans ce quartier et qui était prise en charge à l'époque par les associations, que nous allons essayer de reconvoquer et c'est bien parti. C'est plein de pistes prêtes à redémarrer, dès qu'on nous donnera le feu vert. Comme tout le monde, j'attends avec impatience l'arrivée.

AZUR FM - Quand à vous, Céline, quelles sont les bonnes pratiques qu'a pu engranger l'association Pâte à sel depuis le début de son existence ?

Céline SCHUTZ (coordinatrice à l'association Pâte à sel) -  Depuis toutes ces années nous avons réalisé beaucoup de sorties. Nous avons fait un beau festival, dont personne n'y croyait au début. Maintenant il y a beaucoup de gens et d'artistes qui veulent intervenir au festival d'Hiver'Cité. C'est un beau cadeau qu'on nous a fait. Cette année covid, nous a permis de nous réinventer et d'avoir d'autres propositions comme des visio concerts que nous avons proposé auprès de plusieurs structures médico-sociales, mais aussi aux habitants des quartiers qui n'étaient pas en fracture numérique. Ça leur a permis de rencontrer des gens en situation de handicap et d'essayer de parler français parce que c'étaient des demandeurs d'asile. C'est un côté social qui était intéressant, avec des artistes qui étaient à Paris comme la violoniste de Jacques Dutronc, Aurore Voilqué. Nous avons fait des concerts sur palier où nous sommes allés directement sur le palier de nos bénéficiaires habitant les quartiers prioritaires, toujours en respectant la distance. Nous avons proposé, cet été dans le cadre des quartiers d'été, des goûters en musique où nous avons proposé aux enfants de prendre un fruit, de prendre un petit gâteau et d'écouter des concerts jeune public. Mais surtout, on n'a pas pu honorer toutes nos demandes, cet été, parce qu'il y a beaucoup de familles qui sont venues vers nous, pour faire des sorties au Château du Haut-koenigsbourg, à l'écomusée, à la fête de l'eau... À faire nos visites guidées et nous n'avons pas pu honorer toutes nos demandes. Il y a eu tellement de demandes des habitants des quartiers, pour sortir du quartier et pour découvrir d'autres formes culturelles, parce que nous sommes aussi allés au Mausa Vauban, découvrir des graffs dans une cité Vauban, découvrir la petite chèvre à l'écomusée, comment on faisait le pain à l'époque ? C'est des choses auxquelles les habitants ne s'attendaient pas et ils avaient vraiment une soif de découvrir. Ils nous disaient à chaque sortie ''c'est quoi la prochaine sortie ?''. Nous n'arrivions pas à honorer toutes les demandes, de mai-juin à octobre. Tout s'est arrêté en octobre, où nous avons encore pu aller au parc du petit prince pour fêter Halloween avec une vingtaine de bénéficiaires des quartiers.

AZUR FM - Pour l'association Lézard, Thomas, quels sont les points positifs à relever ? C'est d'arriver à fédérer tout un maillage d'artistes ? 

Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard) - Oui ! Lézard fait cela depuis longtemps. Nous gardons le contact avec les artistes, intervenants, intervenantes et entretient ces liens là. C'est toujours de renforcer ce réseau pour pouvoir répondre aux demandes de tous nos partenaires. Après cette dernière année nous a permis d'avoir du temps, que nous n'avons pas tout le temps. De développer des projets, de créer d'autres partenariats et d'en renforcer d'autres. Je pense à l'opération quartiers d'été où on a pu développer, renforcer nos liens avec les éducateurs de rue, ce qui est primordial pour faire des actions dans les quartiers ouest. Créer des partenariats avec des bailleurs sociaux (Pôle Habitat) avec qui nous travaillons sur cette notion d'espace tiers. Cette période nous a aussi permis d'expérimenter. Comme au mois de février, où étant donné que nous sommes fermés, nous avons mis pendant un mois notre galerie à disposition d'artistes. Nous avons appelé cette opération ''ateliers éphémères'' car ce ne sont pas vraiment des résidences, il n'y a pas des objectifs de création. C'était de la mise à disposition pendant une semaine pour un artiste, de la galerie, pour créer, par exemple, un grand format, si l'artiste n'a pas d'atelier adapté.

AZUR FM - Et enfin, nous rentrons dans notre dernière partie d'émission, celle de la carte blanche. Si vous aviez une avance de subvention exceptionnelle, qu'est-ce que vous pourriez en faire concrètement pour votre structure, déjà, mais plus globalement ensemble pour un projet commun ? Par exemple, le but étant de vous projeter.

Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe) - On se projette toujours quand il s'agit d'avoir de l'argent. Non, mais je pense très honnêtement plus d'argent, je trouve que ça serait intéressant que ce ne soit pas qu'une arrivée massive d'argent. Nous sommes déjà une équipe de 4 personnes. On augmenterait un petit peu notre salaire pour se donner la ressource, pour mieux développer le projet qu'on a envie de développer sur le terrain et pour être moins à flux tendu. Ce serait intéressant de voir comment répartir ces petites sommes sur plusieurs endroits de nos interventions. Nous parlions pas mal des différents publics. Je crois qu'il y a une possibilité de donner en gestion aux habitants des petites sommes allouées à des projets qui pourraient vraiment leur permettre de donner vie à des choses que nous, on ne soupçonne pas. Je trouverai intéressant d'utiliser une subvention soudainement arrivée pour impliquer les collégiens, d'élèves du primaire, des collectifs d'habitants, en étant accompagné d'un artiste, de travailler à l'utilisation de cette petite somme dans une direction qui mettrait dans leur vie la convocation d'un art, voir la pratique. Évidemment, je garderai une grande partie de cette somme pour disparaître et m'acheter des villas dans une île (rires). Mais avant de faire ça, j'essaierai d'ouvrir une petite salle pour que il y ait de la pratique et qu'on puisse permettre à plein de jeunes d'avoir un espace d'expression.

AZUR FM - Un local et de l'espace sont aussi des choses nécessaires pour l'association Pâte à sel ?

Céline SCHUTZ (coordinatrice à l'association Pâte à sel) - Oui, c'est nécessaire rien que pour faire une réunion en ce moment, ça devient très compliqué (4 m2 par personne). C'est vrai que ça serait génial, d'avoir une grosse somme d'argent d'un coup. Je m'offrirai un CDI, 35h et avoir 2 salariés, ce serait le rêve absolu.

Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard) - Je pense que toutes les associations répondront : recruter du personnel. 

Céline SCHUTZ (coordinatrice à l'association Pâte à sel) - Ouais, juste recruter des gens. Dans ma tête, il y a toujours pleins de projets. Ça fait des années que j'aimerais mettre en place des spectacles vivants adaptés, l'après-midi, assis et avec la lumière comme dans le projet ''ciné-ma différence''. C'est des séances de cinéma qui sont ouvertes au public en situation de handicap et surtout auprès des autistes. La lumière s'éteint de manière graduelle. L'idée, c'est aussi d'avoir des gens qui accompagnent au cas ou les personnes veulent sortir pendant la séance de cinéma. Et moi, l'idée, ça serait de faire ça avec le spectacle vivant, mais pas forcément que pour des personnes en situation de handicap, mais aussi pour la dame de 70 ans qui n'aime pas sortir le soir ou la dame qui a ses enfants à l'école l'après-midi et qui aimerait voir un petit spectacle et que ça soit pas focalisé unqiuement ''jeune public'', mais que ça soit focalisé ''adulte'', tout en étant adapté à un public spécifique, ce qui veut dire que le contenu ne devrait pas être trop difficile à comprendre. En même temps qu'il soit assez compliqué pour qu'il ne soit pas stigmatisé ''jeune public''. Ce serait un gros projet que j'aimerais mettre en place mais ça prend beaucoup de temps, beaucoup d'énergie et de l'argent.

AZUR FM - Et Thomas, si le Lézard avait une subvention supplémentaire, ce serait pour un poste ?

Thomas PASSUELLO (coordinateur à l'association Lézard) - De l'argent, des locaux et des forces vives, que ce soit des salariés ou les bénévoles. Ça serait la création d'un espace qui manque à Colmar et dans le Centre-Alsace. C'est la mise à disposition d'ateliers pour des artistes, donc c'est quelque chose qu'on a expérimenté car notre galerie est fermée. On s'est rendu compte que le besoin existe vraiment à Colmar et ses alentours. C'est pas un hasard si les jeunes artistes partent à Strasbourg ou Mulhouse, parce que les espaces existent là-bas. Ce serait un projet, sur lequel on bosse déjà, mais que l'on aimerait voir aboutir. Et au-delà de ça, ce serait la création d'un espace que l'on pourrait appeler ''café au bar associatif'', un espace neutre, non-stigmatisant, qui n'aurait pas l'étiquette ''culturel'' sur la vitrine et qui permettrait de brasser tous les publics, de faire des soirées, des ateliers, d'accueillir d'autres associations pour leurs réunions, d'en faire un espace sympa pour faire la fête.

AZUR FM - Est-ce que ce lieu partagé pourrait se créer à la salle Europe ?

Gaël DOUKKALI-BUREL (directeur de la salle Europe) - La salle Europe n'est pas si grande ! Elle est aussi le centre socioculturel qui est le principal utilisateur des espaces. C'est vrai que nos collègues du centre socioculturel seraient plus à même d'y répondre, mais je pense qu'ils seraient favorables. Avec cette surface d'argent, on ferait une petite véranda derrière ou une petite pergola (rires). Nous avec grand plaisir.

Table ronde réalisée avec le soutien du Ministère chargé de la Ville, de la préfecture du Haut-Rhin, de la ville de Colmar et la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations du Haut-Rhin. Rendez-vous la semaine prochaine, dimanche matin à 8h pour notre prochaine table ronde sur la thématique de la crise sanitaire et du confinement.

© Crédit photo : AZUR FM

Coordonnées des associations

Salle europe - 13 Rue d'Amsterdam - 68000 COLMAR - 03 89 30 53 01 - salle-europe.colmar.fr/

Pâte à sel - 06 41 96 99 04 - patasel68.wordpress.com/

Lézard - 12 Route d'Ingersheim - 68000 COLMAR - 03 89 41 70 77 - lezard.org/