L'écologiste Eliane Romani se présente aux élections du Grand Est avec un gauche -presque- rassemblée


18 mai 2021

Eliane Romani, vous êtes tête de liste pour « Il est temps pour l'écologie la justice sociale », donc c'est le pacte Grand Est dont vous ressortez, c'est quoi le pacte Grand Est déjà ?

 

E.R. : C’est un grand rassemblement. D'abord les organisations politiques écologistes qui ont été rassemblées dans un premier temps dans ce qu’on a appelé le pôle écologiste. Puis, sont venus le Parti communiste et le Parti socialiste et c'est tout ça qui fait le Pacte Grand Est. C'est une volonté surtout, de proposer aux habitantes et habitants du Grand Est un projet résolument écologiste et solidaire.

 

 Donc c’est un grand regroupement avec des personnes de la gauche. Vous n'êtes pas les seuls par contre vous regrouper à gauche, il y a aussi l'Appel Inédit. Est-ce que ça discute entre les deux partis ? Est-ce que c’est toujours ouvert ?

 

Oui, nous sommes ouverts, on tend la main, j'ai bon espoir.

 

 Pouvez-vous présenter pour les électeurs alsaciens qui ne vous connaissent pas forcément ?

 

Je suis écologiste depuis 20 ans, je suis d'abord une citoyenne engagée. J'ai des convictions qui sont fortes et dont je n'ai jamais changé, dévié. J'ai eu quelques responsabilités à Europe Écologie Les Verts (EELV). J'étais responsable des Verts de Lorraine puis des responsabilités nationales et par ailleurs j'ai été élue locale. J'ai été maire adjointe de Thionville en Moselle. Je suis élue par les militants du pôle écologiste et donc je porte un projet qui est un projet collectif, j'ai une légitimité collective et je porte un projet collectif.

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à vous diriger vers ces élections régionales ? C'était l'envie d'aller un petit peu plus loin, de porter ce combat écologiste à un plus grand échelon ?

 

Oui, c'est d’aller effectivement plus loin mais aussi j'ai été assez saisie du contexte positif dans lequel se trouve l'écologie. Mais je trouve qu'aujourd'hui tout le monde admet l’urgence climatique, tout le monde comprend la nécessité qu'il y a à agir et pas seulement à parler d'écologie. Je vois aussi la jeunesse qui marche pour le climat, je vois des jeunes qui se mettent en grève dans les collèges dans les lycées pour cette raison, je vois la justice qui condamne l'État pour inaction climatique, je vois qu’un écologiste comme Nicolas Hulot s’en va quand il voit qu'il ne peut pas avancer dans les politiques qu’il conduit au niveau des enjeux qui sont ceux du climat. Je vois que la convention citoyenne pour le climat, qui a fait un travail extraordinaire, c’était vraiment une très belle expérience démocratique, voit ses conclusions rognées dans la loi climat et résilience. Et donc, tout cela me fait dire que, dans la population il y a un désir et un besoin d’écologie et que, finalement les gens qui sont en face de nous, n'ont pas la volonté d'agir au niveau des enjeux. Et donc, il y a là une opportunité je crois de mener ces politiques-là mais pour ça il faut que les gens votent pour des élus écologistes.

 

Ce besoin d'écologie, il y a du positif. Plusieurs listes écologistes ont bien marché lors des dernières élections. Par contre, les autres partis en face, eux, le voient peut-être d’un mauvais œil. Donc tout le monde veut parler d'écologie en disant que l'écologie n'est pas juste réservé à EELV, mais il y a aussi un greenwashing qui vient derrière. Il n’y a pas que du positif. L'écologie attaqué de toutes parts en ce moment. Les écolos sont aujourd'hui au centre des attentions comme s'il y avait une peur de ces autres partis politiques qui voyaient arriver une marée verte.

 

 Oui je partage cette analyse et c'est ce qu'on observe à chaque fois. A chaque fois que les écologistes sont crédités de scores assez hauts dans les élections, on voit un greenwashing qui se développe et il y a des attaques qu'ils sont récurrentes. On a l'habitude de ça. J'allais dire c’est presque bon signe. Ça veut dire qu’on voit bien qu'il y a quelque chose dans la population qui est partagé. Les gens savent qu’on va droit dans le mur avec les politiques libérales qui sont menées maintenant et ils ont envie d'autre chose. C’est cette autre chose que nous leur proposons. Alors on dit « oui mais les autres parlent aussi d'écologie ». Ce n’est pas faux. Ils ne sont pas complètement aveugles, ils voient bien que, dans la population, ça bouge. Et donc, ils ont chacun ouvert dans leur programme une page toute verte, en papier recyclé, que sais-je, pour pour dire « voilà ce qu'on fait pour l'écologie ». C'est ce qu’ils font tous. Ce que nous proposons nous ce n'est pas cela c'est pas un chapitre dans notre programme qui serait consacrée à l'écologie, c’est changer complètement de vision des choses, de vision dans les politiques publiques, faire en sorte que l'urgence climatique, l’urgence sociale, ce soit une préoccupation qui traverse toutes les politiques publiques. Que ce soit un nouveau logiciel, que ce soit une nouvelle façon de penser. Et c'est ça que nous allons proposer pour les élections régionales. Et ce qui me réjouit, c'est dans la campagne que je fais, je me je me déplace dans toutes les anciennes régions, j'étais hier dans les Ardennes, je suis aujourd’hui en Alsace, je serai demain en Lorraine, et je vois que cette façon de voir, cette façon de penser les choses, elle est aussi présente dans plein d'endroits. Je rencontre des acteurs de terrain, des projets qui sont réalisés ou en cours de réalisation ou cette même préoccupation est vraiment présente et ça, c'est extrêmement réjouissant. C'est à soutenir de tels projets locaux, et j'ai vu dans des petits villages, vraiment dans des coins extrêmement ruraux, aussi dans des villes, j’en vois dans tout type de territoire, et c'est à soutenir ce type de projets et à faire en sorte qu'ils se développent aussi que la Région doit œuvrer.

 

On va revenir un peu sur ce programme, qu'elles sont ces grandes lignes, est-ce qu'il est totalement arrêté, est-ce que les électeurs peuvent aussi participer à son élaboration, émettre des idées de réflexions, des thématiques… Comment ça se passe et comment, justement, met-on l'écologie dans la vie de tous les jours, comment se tourne-t-on vers l'écologie, comment passe-t-on d'un monde libéral, très capitaliste, à intégrer tout cela dans une dimension écologiste ?

 

 Le programme est une construction collective. Depuis plusieurs mois, des groupes de travail d'adhérents des organisations politiques qui composent cette liste, mais aussi des personnes ressources qui sont sollicitées, ont travaillé à l'élaboration de ce programme. Elle est en cours de discussion parce qu'à certains moments il faut aussi avoir des arbitrages politique parce que tout le monde n'est pas d'accord forcément sur tout. Et je tiens à ce que ces éléments de programme puissent être ouverts à la participation citoyenne dans le site « Il est temps 2021 ». Des éléments de programme seront intégrés, dans lesquels les gens pourront contribuer, critiquer, agencer, prioriser, apporter leur participation. Alors on fait comme ça parce qu’on est en période Covid. Si ce n’était pas le cas nous pourrions organiser des réunions publiques pour inviter les gens à participer avec nous. Ça c'est un peu compliqué donc on va le faire via ce site. Nous avons le souci, Caroline et moi, de faire en sorte que la contribution des citoyens soit possible, qu'on redonne la parole aux citoyens. Nous ne considérons pas que nous savons une fois pour toutes les choses et que nous sollicitons seulement les citoyens pour voter, mais je pense qu'ils ont une expertise d'usage et donc on est dans cette démarche-là pendant la campagne, mais on souhaite aussi qu’on puisse continuer à le faire une fois élu. Si nous gagnons cette élection, ce que je souhaite, ce sera aussi une démarche continue sur tout le mandat.

 

Quelles seraient les premières décisions que vous prendriez si vous étiez élue ? Quel est le plus urgent selon vous ?

 

Je ne sais pas, je ne sais pas encore. J'ai pas envie d’inventer un truc toute seule, on est dans l’élaboration du programme. A un moment donné, on va devoir passer à une écriture lisible pour tout le monde, au-delà de ce que j'ai dit dans le site. Et à un moment, vous avez raison, on sera interrogé sur les trois premières décisions, les cents premiers jours… Donc on va décider collectivement mais on n’en est pas encore là.

 

Est-ce qu’il y aura en tout cas un point de rupture avec l’équipe en place ? Du jour au lendemain, si vous étiez élue, qu’est-ce qui changerait ? Est-ce que ce serait aider financièrement les entreprises qui s'engagent pour l’environnement ?

 

Oui, ça c’est une évidence. Ce qui change déjà, si je prends la vision globale de ce que c'est notre région, la vision globale de ce que c'est l'avenir. Et peut-être d'ailleurs sommes-nous les seuls avoir une vision d'avenir. Je pense qu'en face de nous il y a un projet de division des citoyens entre eux. Il y a un projet du statu quo, des gens, des choses qu'on ne veut pas changer. On va droit dans le mur mais ça ne fait rien, on continue et nous sommes porteurs et porteuses du projet qui trace l'avenir, qui s'écarte de cette voie-là et va vers un projet d'avenir dans lequel nous savons que l'urgence climatique est là. Dans lequel nous savons que c'est une illusion de penser qu’on peut avoir une croissance infinie dans un monde fini et que ce n'est pas en détruisant la nature qu'on construit l'avenir et que si on continue, la jeunesse est sacrifiée. C'est cette vision-là qui nous diffère, ça c'est sûr. Ensuite dans ce que vous dites, effectivement, la région Grand Est a une compétence en matière d'économie et bien évidemment l'économie va être orientée vers une décarbonation de l'industrie et vers la transition écologique et que ce sont ces entreprises qui seront soutenues. Et les autres, elles ne seront soutenues seulement dans la mesure où elles s'orientent… On peut accompagner des entreprises vers la transition mais en aucun cas on ne peut accompagner des entreprises qui font de l'extraction du gaz de couche ici… voilà ça c'est pas possible, ça n'est plus possible parce que 800 000 € pour Huawei, ce n’est pas possible. Les entreprises, les multinationales qui se font énormément d'argent sans payer d'impôts en France et en grignotant nos terres agricoles en faisant des hangars monumentaux sur nos terres agricoles, ce n'est plus possible. Il y a un modèle qui arrive à sa fin et nous on sera complètement vers autre chose, parce qu’en même temps on voit bien sur le terrain qu'il y a plein d’entreprises qui sont prêtes ou se préparent à travailler dans le sens de la transition énergétique, la transition écologique et que ça s'est pourvoyeur d'emplois qui sont des emplois locaux et non délocalisables. C'est vers cet avenir-là que nous voulons aller.

 

Comment est-ce qu'on fait la différence alors ? Il faut faire de l'écologie punitive, « taper sur les doigts », mettre des amendes ? Peut-on empêcher un géant comme Huawei de venir s’implanter par exemple ?

  

Alors, moi je pense que ce qui est punitif, c'est ce qui se passe maintenant. C'est extrêmement punitif qui se passe maintenant parce que ça prend de l'argent public, ça donne de l'argent public par exemple à des entreprises pour lesquelles il y aura zéro plus-value dans la région. Je donne un exemple, j'étais hier dans un village des Ardennes, ce n’est pas l'Alsace mais c’est quand même le Grand Est, des Ardennes où ils avaient mis en place, les villages avaient organisé des énergies renouvelables citoyennes. Et ils s'étaient organisés pour le faire, c'était de l'éolien et du photovoltaïque. Et le bilan c'est que 1€ investi dans ces projets-là c'est 2€ qui retombent sur le territoire. Sur le territoire, en terme d'emploi, d’activité et cetera. C'est ce genre d'organisation économique vertueuse qu’il s'agit de développer et non pas de prendre l'argent public pour l'investir dans des grands groupes, dont l'argent partira sur les marchés financiers qui n'ont pas de retombée. Je pense que c'est très important d'avoir des circuits courts d'économie et surtout d'impliquer les citoyens là-dedans.

 

C’est à nouveau un scrutin qui va se passer en pleine crise sanitaire, donc, déjà, pour les campagnes c'est un peu compliqué. Les réunions ont lieu en visio, pas de réunion publique et il y aura toujours de la peur, malgré la campagne de vaccination qui devrait s'avancer, la peur d'aller voter même si ça peut être un peu facilité pour la procuration. Que vouslez-vous dire aux électeurs ? Que c’est quand même important d'y aller et qu'il ne faut pas laisser filer le scrutin comme c'était le cas aux municipales en plein début de crise ?

 

De notre côté, pour la campagne, on s’est organisé pour communiquer avec les gens par l'intermédiaire des réseaux sociaux par exemple et on organise des réunions par exemple tous les 15 jours, on fait des Facebook live et on se rend compte qu'on a beaucoup plus de monde qui suit ces Facebook live qu’on aurait si on faisait une réunion publique. Avec l'intérêt que ces directs peuvent être revus après. Donc c'est une autre façon de faire de la politique mais je ne suis pas sûre qu’elle touche moins de gens. Donc on est on est là dans bien organisé depuis un certain temps. Ceci dit, ce matin à Sélestat, j'ai quand même eu beaucoup de plaisir, nous avons eu beaucoup de plaisir avec Caroline Reys de rencontrer. On a tracté sur le marché et c'est vrai que c'est quand même plaisant, de pouvoir interagir en direct avec les gens, c'était quand même beaucoup plaisir. Mais on ne va pas pouvoir faire beaucoup de choses comme ça. Et donc, on a mis en place des techniques particulières. On innove, je pense, en matière de campagne électorale. Aux électeurs, je veux dire qu’on est à un moment, me semble-t-il, de bascule. Soit on continue dans la voie qui est celle tracée par la région actuellement, qui n'est pas celle de la lutte contre le changement climatique, qui n'est pas celle de la protection de la nature, qui n'est pas celle du choix des emplois locaux non délocalisables. Et on sait qu'on va droit dans le mur, on le sait, tout le monde le sait. Soit on prend une autre voie, c'est celle que nous proposons. Et on peut aller vers à préparer un avenir qui soit désirable pour tout le monde et pour notre jeunesse en particulier. Donc on peut aller voter parce que il y aura des mesures de sécurité. Ce n’est pas nous, bien sûr, de les organiser. Mais les collectivités, les préfectures, feront en sorte que ce soit sécurisé. Je ne pense pas que ce soit plus dangereux d'aller voter que d'aller faire ses courses au supermarché. Je pense qu'il y a il y a des précautions qui seront prises et c'est tant mieux et c'est normal je pense que la santé est extrêmement importante, je comprends les réticences des gens, mais je ne pense pas qu'on prenne beaucoup de risques si on est masqué. Il y aura aussi la possibilité de faire des procurations pour les gens qui seraient inquiets, je pense qu’on peut faire des procurations. Et j'invite les gens à aller voter parce que c'est chacun qui doit participer à la décision de notre destin collectif. Ne laissons pas les autres décider à notre place