Région ou département ? Frédéric BIERRY veut les deux !


26 janvier 2021

Frédéric BIERRY, le Président de la Collectivité Européenne d’Alsace, s’est exprimé en faveur d’un démembrement de la Région Grand Est. Pour lui, Département et Région pourrait bien, à l’avenir, ne faire qu’un en Alsace. Il s’en explique au micro de Franck JEHL. 

Frédéric BIERRY, vous êtes le tout nouveau président de la jeune Collectivité Européenne d'Alsace, fusion du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Un département avec des compétences déjà élargies mais les récentes déclarations du Premier ministre, venu samedi dernier à Colmar suscitent chez vous de nouvelles ambitions pour cette CEA, que département et région ne fassent plus qu'un en Alsace.

Cette déclaration qui est la mienne, n’est pas nouvelle. Depuis 2015, nous regardons les attentes des alsaciens et nous avons toujours défendu, d’abord avec Éric Straumann, ensuite avec Brigitte Klinkert et après avec Rémy With la même ambition : que l’Alsace retrouve son organisation à l’échelle attendue, c’est-à-dire qu’elle redevienne une région à part entière. J’ai toujours pensé cela, je l’ai défendu devant le Président de la République en 2017 avec Éric Straumann quand nous l’avions sollicité et il a compris le désir d’Alsace mais il n’a pas voulu franchir l’étape de recréer la Région Alsace. A ce moment-là, nous avions deux options : soit il ne se passait plus rien, au risque de pousser cette revendication mais qu’elle n’aboutisse à rien, soit essayer d’avancer. Nous avons trouvé ce compromis de la création de la CEA, qui n’est plus complètement deux départements mais une collectivité qui a des compétences supplémentaires. Je pense que c’était déjà une chose importante, la renaissance institutionnelle du territoire alsacien. Je crois que nous avons vu l’engouement que suscite la CEA auprès de nos concitoyens qui démontre bien que c’était une attente très forte. Nous devons faire nos preuves dans les compétences nouvelles et dans les compétences où nous voulons toujours nous améliorer pour mieux servir les habitants. J’ai toujours pensé que ce qui avait du sens, c’est que nous sommes une seule collectivité qui rassemble à la fois les compétences du département et de la région, voire quelques compétences supplémentaires de l’Etat. Nous le voyons aujourd’hui sur les tâches de santé où notre capacité à avoir des troupes en proximité est une capacité à mieux rendre le service public dans la distribution des masques. Nous sommes en partenariat, en bonne intelligence, avec les communes ou les intercommunalités, nous assurons un service de proximité qui améliore le service attendu par nos concitoyens et redonne confiance en la démocratie dans la République. Cette expression-là, je l’ai donc toujours eu de manière assez forte.

Mais vous disiez : «c’est un premier pas». Vous êtes toujours resté relativement réservé sur le pas suivant. Aujourd’hui, vous pensez qu’il est l’heure de ce «pas suivant» ?

Ce qui se passe, c’est qu’il y a eu une expression forte du Premier ministre qui a dit tout haut ce que nous pensons tout bas : que les grandes régions n’ont pas forcément de pertinence. Dans son esprit, l’Alsace avait une pertinence particulière à être une région d’une certaine façon. A partir du moment où le Premier ministre lui-même reconnaît fortement que l’Alsace a du sens en termes de collectivité, certains élus comme le maire de Metz disent «ne doit-on pas démembrer la Région Grand Est ?» et que je sois interrogé sur cette question par Public Sénat, je me suis simplement avancé dans cet esprit en disant que s’il existait une opportunité, c’est l’attente de nos concitoyens. Je vois bien sur les réseaux le nombre de personnes qui m’interpellent et qui me disent que c’est bien le fait que je travaille pour l’Alsace, que c’est important mais nous voulons que l’Alsace redevienne une région à part entière, c’est une demande forte. Tous les sondages depuis quatre ans reviennent toujours là-dessus. En tant qu’élu, mon rôle est de servir la volonté des alsaciens et d’améliorer l’efficacité de l’action publique. Plus nous faisons une action publique en proximité, auprès des personnes, meilleure elle est. Je considère que cela a du sens et je suis resté fidèle à ce que je dis depuis six ans. Je suis surpris de voir que cela a un impact médiatique aussi fort alors que pour moi, il n’y a pas de changement de ligne.

C’est tout de même un nouveau point de divergence avec votre confrère Jean Rottner, qui est pourtant LR tout comme vous.

Vous savez, aujourd’hui nous partageons certaines choses avec Jean Rottner et quand il s’agit de défendre certains enjeux, nous le faisons ensemble et quand il y a des enjeux économiques, nous étions par exemple ensemble à l’usine Drager. Nous sommes en capacité de travailler ensemble pour servir la dynamique du territoire mais nous avons un point de divergence : lui considère que le périmètre Grand Est a du sens même s’il n’a pas toujours dit ça, comme en 2014 où son expression face au Grand Est était plus grande que la mienne. Je respecte son choix mais je n’ai pas la même vision que lui sur la pertinence du périmètre Grand Est. Je considère qu’aujourd’hui, un alsacien ne se sentira jamais Grandestien ou Grandestois, je ne crois pas non plus que ce soit le cas pour les lorrains, les champenois et les ardennais. Il n’y a pas d’adhésion à cette grande région. J’ai toujours dit que ce qu’une loi a créé peut être transformé par une autre loi. J’ai toujours été dans cette position-là. C’est sûr que l’expression du Premier ministre est très forte et je me dis que s’il y a une opportunité de revenir à l’Alsace, il ne faut pas manquer de la saisir. C’est le sentiment que j’ai au regard de la situation présente mais aujourd’hui je ne suis pas dans une démarche de guerre, je suis dans une démarche où il y a d'abord les priorités  de nos concitoyens mais s‘il y a une opportunité, nous la saisirons.

© Franck JEHL/AZUR FM